Tout au départ, une envie, une évidence : Don Juan, le personnage comme l’œuvre, a quelque chose à voir avec la marionnette.
Car ce texte nous parle de manipulation: pour séduire, Don Juan ment, trompe et embobine : les femmes, ses créanciers, son père... Il s’amuse avec eux comme avec des poupées, qu’il met en scène et escamote avec jubilation et brio.
Les marionnettes vont alors peupler la scène, dialoguant avec les comédiens, les dédoublant parfois, toujours sous l’œil amusé de Don Juan.


Seul Sganarelle échappe à ce rapport de manipulation. Et l’on peut se demander qui, du maître ou du valet, tire vraiment les ficelles...

Face au Don Juan-séducteur, se dresse donc un Sganarelle non moins séduisant, qui joue de son humour comme Don Juan joue de son charme. Un humour puissant et corrosif, qui n’oublie pas d’être insolent et provocateur: en une seule réplique, Sganarelle est capable de faire basculer une séquence tragique en scène comique.


Car Don Juan est une comédie ! Alors même qu’il y traite de questions graves comme l’existence de Dieu, le rapport à la loi et à l’autorité, ou encore le sentiment amoureux... –autant de thèmes qu’il ne s’agit pas d’éluder– Molière ne craint pas de recourir au burlesque, de sauter de la farce au dramatique avec cette étonnante légèreté qui lui est propre.
 

 

L'homme sans âme...

Don juan regarde... Autour de lui, palpite le monde.

Autour de lui, ça vit, dans tous les sens : ça aime, ça combat, ça chante, ça croit, ça rit, ça hait, ça bouffonne!
Un ballet drôlatique où tour à tour, vers cet homme immobile qui semble moins mener le jeu que le subir, montent la colère, le dépit, la rage et les menaces...

Mais rien de tout cela ne paraît l’atteindre. Au contraire, à son contact, la réalité se trouble, perd son sérieux, sa consistance. Face à Don Juan, les autres ne sont plus que pantins agités par les passions qu’il suscite.

Alors, le monde qui l’entoure devient pour lui un spectacle de marionnettes, dont il joue, rit et se lasse tout aussi vite...